Musée, Numérique et Démocratisation culturelle

Musée, Numérique et Démocratisation culturelle

À bien des égards, le numérique a pris une importance capitale dans tous les domaines. La culture, les institutions en font évidemment partie et tentent depuis quelques années déjà ce «passage» (forcé) aux nouvelles technologies. États des lieux et coup de projecteur sur la «Responsive Museum Week», comme loupe sur la situation actuelle.

Au mois d’octobre dernier, Julien Dorra et Geoffrey Dorne lance la «Responsive Museum Week». Partant du constat que bons nombres de musées n’avaient pas pensé, envisagé leur site internet en responsive design (à titre d’information, le responsive design correspond à la démarche d’optimiser la lecture d’un site sur tous les supports, en adaptant le design à tous types de terminaux, de tailles d’écrans etc.), l’objectif principal était donc de participer à l’amélioration de ces dits sites. Chacun pouvait proposer un nouveau «codage» des sites internet pour les rendre responsive et venir le poster sur le Tumblr de la «Responsive Museum Week».

On ne peut qu’admirer l’initiative. Toute la force des outils numériques tient dans ce projet et se résume de façon simple : le web pour et par les utilisateurs. S’il est facile d’imaginer que les petites structures n’aient pas un «tel point» d’investissement dans leur stratégie numérique, la Responsive Museum Week nous révèle que des grandes institutions (et qui ont par ailleurs revus leur présence web il y a peu) comme le Centre Pompidou, la Gaïté Lyrique ou le Palais de Tokyo (entre autres) n’ont pas pris le pli «responsive». Le résultat est frappant et forcément évocateur : ce sont les utilisateurs, les «consommateurs» qui rappellent à l’ordre les diffuseurs de culture.

Tout le monde n’est évidemment pas unanime. D’abord sur l’idée même du «responsive design». Relevant bien sur d’un débat d’initiés, cette démarche fait encore débat au sein de la communauté des web designers, mais ce n’est pas tant notre sujet. Plus intéressant ici, d’autres critiques ont vues le jour sur la toile dénonçant la qualité (jugement toujours très subjectif) souvent moyenne des contributions faites pendant la RMW et pointant du doigt, au delà d’un simple «souci esthétique», l’importance de développer des stratégies numériques cohérentes et pas seulement «gadgets». Chacun jugera de la légitimité de ces critiques qui ne concernent finalement que la forme. L’important nous semble pourtant porter sur le fond.

Ce genre d’initiative montre en effet du doigt un problème plus large, plus global qui existait avant le numérique et qui a finit par l’atteindre : l’inégalité d’accès à la culture. Les (grands) musées cités précédemment ont déjà en effet développé des outils et des expériences «web mobile» par des applications notamment. La question se pose alors forcément : doit-on posséder un iPhone/AndroidPhone pour avoir la possibilité d’apprécier une nouvelle expérience utilisateur ? La démocratisation culturelle, l’objectif constant de rendre la culture accessible à tous passe et doit passer (d’abord ?) par le numérique. En dépassant le simple débat «responsive ou non», c’est toute une implication numérique qui doit être pensée dans les mêmes objectifs que les politiques culturelles globales d’égalité. Le numérique doit être utilisé comme outil et non plus comme un «train à rattraper en marche».

Des évènements, des initiatives comme la Responsive Museum Week nous semble être là principalement pour ça : rappeler que le numérique doit avoir une place prédominante dans les décisions globales. On ne peut donc qu’espérer voir fleurir de plus en plus de ces démarches, et surtout qu’elles aient un impact sur ces institutions. En attendant, une nouvelle Responsive Museum Week est déjà prévue pour mars 2013 et on a hâte d’y être.

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