Migrants, réfugiés : quand l’art contemporain résonne avec l’actualité

Il est parfois curieux comme une image, aussi forte et évocatrice qu’elle puisse être, réveille visiblement des consciences. La crise humanitaire actuelle des migrants, qui fait la une de toutes les actualités, en est une nouvelle fois une preuve tangible. Alors que la fameuse photographie du petit Aylan semble avoir permis une prise de conscience politique du problème (sans entrer dans les débats, ce n’est pas le lieu ici), l’art contemporain avait déjà plusieurs fois évoqué la question, plus ou moins directement, depuis de nombreuses années, nous rappelant au passage qu’il ne s’agit pas d’un problème récent. Quand l’on accuse souvent l’art contemporain d’être trop abstrait, trop conceptuel, trop peu accessible, ce retour sur quelques artistes (liste non exhaustive) nous prouve qu’il peut aussi être parfaitement conscient et acteur du monde dans lequel il évolue.

1. Vik Muniz – Lampedusa, 2015

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Lors de la Biennale de Venise, l’artiste brésilien Vik Muniz n’aurait pas pu être plus explicite. Avec son bateau en papier de taille géante intitulé « Lampedusa », fait d’une reproduction de journal qui relate la noyade d’une centaine de migrants, la référence est évidente et éminemment percutante, voire provocante. L’objectif était alors de « déranger les spectateurs qui se croiraient dans une carte postale ». No comment.

2. Banksy – Dismaland, 2015

Part of an installation is pictured at 'Dismaland', a theme park-styled art installation by British artist Banksy, at Weston-Super-Mare in southwest England

Que l’on apprécie ou non le travail de la star internationale du street-art, on ne peut clairement pas lui reprocher un manque d’engagement, ou en tout cas de conscience. Outre ses actes souvent provocateurs sur les grandes questions contemporaines (guerres, discriminations, etc.), il a dernièrement fait référence à la crise des migrants avec une installation présente dans son Dismaland.

3. Adel Abdessemed – Hope, 2011-2012

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Beaucoup moins récent mais tout aussi explicite, le célèbre artiste contemporain Adel Abdessemed (à qui le Centre Pompidou consacrait une rétrospective en 2012) utilisait également le « bateau » comme symbole pour dénoncer la question, en ajoutant par contre une imagerie macabre supplémentaire. Une nouvelle fois, pas besoin d’en dire plus, l’œuvre parle d’elle-même.

4. Mathieu Pernot – Les migrants, 2009

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Photographe français, déjà récompensé de nombreux prix, Mathieu Pernot a réalisé en 2009 une série sobrement intitulée « Les Migrants ». Si les corps sont en fait bien vivants, on ne peut s’empêcher de voir des cadavres, recouverts, que l’on veut cacher et surtout ne plus voir. Glaçant.

5. Barthélémy Toguo – Road to exile, 2008

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Encore plus lointain et en rapport moins direct à la situation absoluement actuelle, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo réalise en 2008 son « Road to exile ». Comme son nom l’indique, la référence est ici plus directement liée à l’exil, à la traversée, ses risques et aussi peut-être aux espoirs qu’elle soulève. Comme l’artiste en parle mieux que nous, on vous laisse aller voir cette vidéo.

6. Gérard Rancinan – Le radeau des illusions, 2008

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Le clin d’œil au célébrissime tableau de Géricault saute naturellement aux yeux. Le radeau de la méduse, devenu pour l’occasion le radeau des illusions, revisité ainsi par le photographe Gérard Rancinan met en scène le rêve illusoire d’un Meilleur ailleurs, en Europe, ou plus largement dans le monde occidental. De nouveau un rapport moins explicite avec les événements récents mais une image toute aussi forte.

7. Runo Lagormasino – Sea Grammar, 2015 (proposé par La Criée, centre d’art contemporain)

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Projection en boucle de 80 diapositives (visible jusqu’au 22 novembre dans l’exposition They watched us for a very long time à La Criée, centre d’art contemporain de Rennes), Sea Grammar est l’oeuvre de l’artiste Runo Lagormasino. À la fois métaphore de la disparition de la Méditerranée mais aussi, hélas, des corps qui y disparaissent. L’artiste l’explique lui même : « Sea Grammar est à bien des égards un commentaire sur ce qui ce passe actuellement. Mais c’est un commentaire sur ce qui se passe depuis très longtemps. Malheureusement ce n’est pas la première fois que cela arrive (et malheureusement ce ne sera pas la dernière). Parfois je pense qu’il y a une amnésie politique par rapport à ce sujet. ». On ne peut faire plus clair.

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