Martin par Matthieu. Et vice-versa ?

Commandée en 2015 à Arles, l’exposition MMM prend possession de la Cité de la musique – Philharmonie de Paris, dans, nous dit-on, une nouvelle forme. En n’ayant pas eu la possibilité de la visiter alors, la rencontre entre Martin Parr (photographe) et Matthieu Chedid aka – M – (musicien) s’offre à notre regard novice, dénué de tout point de comparaison ou d’une potentielle frustration passée.

Matthieu Chedid met-il en musique les images de Parr ? Martin Parr illustre-t-il la musique de M ? Le rapport photos et son s’équilibre-t-il naturellement ? Si problématiser une exposition n’est pas forcément une méthode viable ou intéressante, les questions se posent ici naturellement. En rassemblant deux ténors dans leur domaine respectif, dont chacun reconnaitra au moins la reconnaissance qu’ils ont acquis, l’inévitable rapport de force engendre a priori une inquiétude. Suffit-il de rassembler des noms pour faire une bonne exposition ? Les nombreux exemples de « super-groupes » en musique nous rappelle que non. L’alchimie, donc, devait être délicate à trouver.

Elland, England, 1978 © Martin Parr / Magnum Photos

Elland, England, 1978 © Martin Parr / Magnum Photos

Pour répondre à notre initiale question, les premiers temps dans l’exposition nous font (logiquement ?) penser que M ne s’est non pas effacé mais mis au service de l’oeuvre de Martin Parr. Composées pour l’occasion, au contraire des photos déjà pré-existantes, les pistes sonores s’adaptent au lieu de s’imposer, comme une bande originale de film ajoutée a posteriori. Loin d’être péjorative, cette place de « deuxième intervenant » se précise au fil de la visite autant qu’elle se fait oublier. Finalement, ces enjeux de conception n’ont qu’un intérêt moindre tant le dialogue est réussi. Aidé par une mise en scène quasi-parfaite (éclairage, transats) et par la musique de Chedid, l’espace appelle à la méditation, à la contemplation peut-être même et au « repos actif ». Étrangement ou non, il n’y avait peut-être pas meilleure solution pour (re)découvrir le travail de Martin Parr (dont nous aurons particulièrement apprécié les photos en noir et blanc, moins populaires et pourtant réjouissantes).

Port Eliot House, Cornwall, England, 2006 © Martin Parr / Magnum Photos

Port Eliot House, Cornwall, England, 2006 © Martin Parr / Magnum Photos

Dépassé les réflexions sur l’ambiance ou le rapport de force qui se joue entre les deux acteurs, l’exposition, en sous-texte, ne nous dirait-elle pas également quelque chose sur la relation entre musique et photographie ? Jamais seules, les photos se lisent en série. Bien qu’indépendantes, elles prennent sens dans un ensemble, au regard les unes des autres. La musique, bien sûr, répond au même principe : c’est dans l’accumulation, la suite et la superposition des notes qu’elle naît et s’entend. Le changement de rythme et les respirations, inhérents à la musique, ne sont-ils pas également présents lorsque les photos sont tantôt accrochées, tantôt imprimées ou projetées ? Bref, l’exposition, peut-être malgré elle, tisse des liens profonds et rend la frontière entre les deux arts perméable, dans une zone propice au dialogue.

Exposition hybride particulièrement réussie, tant dans sa forme que dans le discours qu’elle sous-tend, MMM ne pouvait pas seulement compter sur la renommée des ces deux protagonistes pour réussir son pari. Il lui fallait pour ça trouver l’équilibre nécessaire à une telle entreprise et on ne peut que se réjouir qu’elle l’ait fait. Chaudement recommandée !

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