Foot Foraine : l’art à l’heure du foot

À l’heure de l’émulation, naturelle pour les uns, exagérée pour les autres, entraînée par l’accueil des championnats d’Europe de foot par la France, tout le monde veut logiquement pouvoir s’y rattacher et le monde culturel n’échappe bien sur pas à la règle. Ainsi, durant toute la compétition, la Villette, qui poursuit son nouvel engagement dans la programmation d’exposition, accueille Foot Foraine, événement festif et pluridisciplinaire autour du ballon rond dont font partie 2 expos en une qui nous ont plutôt surpris.

L’histoire de l’art dans le foot n’est pas, loin de là, nouvelle. Pour ne parler que d’eux, De Staël aura par exemple produit une série sur les joueurs de foot, Niki de Saint Phalle aussi utilisera ces grandes sculptures pour les représenter ou encore, plus récemment, Adel Abdessemed qui coulera dans le bronze le geste violent d’un Zidane alors adulé. Si ces quelques exemples ne représentent qu’une infime partie de l’inscription de l’art dans ce sport au combien populaire, donner un sens global à ce dialogue n’en est pour autant pas évident.

Les grands footballeurs, Nicolas de Staël, 1952

Les grands footballeurs, Nicolas de Staël, 1952

Se demander alors ce que veut dire « investir le foot » par le champ de l’art n’est pas de trop. Que touchons-nous ici ? La ferveur populaire ? L’acte sportif en lui même ? Les icônes que cette nouvelle mythologie crée ? Le sport élevé au rang de religion (de secte ?), avec son sacré, ses disciples et ses guerres ? Sûrement tout à la fois. Si l’art depuis toujours vient toucher au sacré et au populaire, le foot incarne ici de manière quasi-parfaite ce double discours.

Soccer Party Club de Pierre Giner

Soccer Party Club de Pierre Giner

L’exposition proposée dans le cadre de Foot Foraine (La Grande Galerie du Foot qui intègre le Soccer Party Club) couvre de fait avec brio tout le scope des créations footballistico-artistiques. C’est toute la ferveur du supporter, de la foule que l’on sent, que l’on vit même, dans l’œuvre immersive Volta de Stephen Dean. Les icônes — les joueurs bien sûr mais aussi leur univers — particulièrement mis en avant dans le thème du portrait de l’exposition côtoient la satire aussi, le détournement de ces nouveaux dieux (cf. le truculent Victoria Beckham de Béni Bischof). Le jeu réel et virtuel, particulièrement représenté par le Soccer Party Club de Pierre Giner, explore autant l’histoire du sport que son aspect purement ludique. Bref, les exemples pourraient fleurir presque indéfiniment tant chaque oeuvre, aidée par une scénographie plutôt très réussie pour un espace pas facile, exprime tel ou tel aspect du foot, et surtout de sa mythologie – joueurs, jeu, public.

Volta, Stephen Dean

Volta, Stephen Dean

Si l’on regrettera peut-être que l’extrême qui parfois est entrainé dans ce sport (le hooliganisme est aujourd’hui complètement rattaché au football) soit absent, la réussite de l’exposition tient tout de même dans sa capacité à ne pas tomber dans l’éloge excessive, préférant le discours et l’esthétique. L’on pouvait craindre, avec un tel sujet et surtout un tel contexte, une exposition populiste ou tape-à-l’œil, il n’en est vraiment rien. La Villette s’impose comme une place de choix pour la représentation de l’art contemporain et l’on ne peut que se réjouir qu’elle résonne avec l’actualité, montrant que l’art peut toujours résonner chez chacun.

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