ElectroSound : formes, usages et pratiques

Dans l’acte d’exposer la musique, trouver le juste équilibre entre instruments, histoire, sons et interactivité relève souvent d’un défi délicat à relever. ElectroSound, l’actuelle exposition de la Fondation EDF, tente de répondre à cet objectif en s’intéressant à un courant devenu au combien populaire et qui n’avait pourtant pas encore eu l’honneur d’une grande exposition : la musique électronique.

Orchestrée par Jean-Yves Leloup et Nodesign, commissaires de l’exposition, ElectroSound nourrissait autant en nous des attentes considérables qu’une appréhension certaine. Il n’est en effet pas rare d’être déçu d’une exposition « musicale ». Manque de « fun », manque d’interactions, trop superficielle : rendre justice à ce qu’est l’essence d’un courant musical dans le cadre — parfois trop strict — d’une exposition est un contrat rarement rempli. Il faut le dire, dans un premier temps, perdus entre oscilloscopes, Minimoog et autres appareils en tout genre, ElectroSound laisse d’abord perplexe pour celui qui n’a pas déjà une connaissance prononcée du genre. Puis finalement, l’exposition arrive à intégrer le visiteur. En prenant le temps de s’intéresser à ce que l’on nous propose, on se laisse prendre au jeu, sans résistance, et chaque niveau du lieu offre une nouvelle dimension à parcourir.

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Le rez-de-chaussée de la Fondation, peut-être le cœur de l’exposition, parcourt l’évolution des instruments de la musique électronique. Des avant-gardes d’après-guerre, où l’on découvre les détournements d’appareils militaires (intéressant rapport aux hackers/makers très en vogue aujourd’hui) jusqu’à la musique à portée de tous par les applis mobiles par exemple, l’exposition nous prend à contre-pied dans ce qui ressemble terriblement à une exposition de design. Comment les formes ont-elles évolué ? Qu’est-il resté des origines et bien sûr, au contraire, qu’est-ce qui a été abandonné ? C’est en abordant cette première partie sous cet angle que la lecture du propos devient la plus intéressante. Ponctuée par des irruptions musicales, des noms et des portraits de ceux qui ont fait évoluer ces formes, cette étape indispensable devient le carrefour d’où partent les deux autres dimensions de l’exposition, réparties sur les deux niveaux supérieur et inférieur de la Fondation.

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En descendant les marches, comme l’on entrerait dans un club, il en est finit de se questionner sur l’aspect technique des choses. Photos de soirées nocturnes, comme les traces d’une culture electro qui n’a cessé d’évoluer, ou encore BoomBox, mini-dancefloor où l’on écoute fort la playlist chronologique concoctée spécialement pour l’occasion, tout l’espace rappelle à juste titre que la musique s’écoute, se vit et se danse. Plus ludique que le début de l’exposition, c’est bien l’usage de la musique qui est ici exposé astucieusement, en mettant en action le visiteur. Cette implication du visiteur n’est que confirmée sur le troisième niveau de l’exposition, « l’atelier » qui sonne comme une réponse à l’affirmation « tous Dj’s ? » précédemment énoncée dans le parcours. Accompagné de médiateurs musiciens, chacun peut pratiquer, tester, créer sur les instruments découverts tout au long de l’exposition (et d’autres dont certaines innovations assez impressionnantes).

Finalement, ElectroSound nous surprend par sa capacité à rendre actif le visiteur. Impossible de rester passif, impossible d’attendre que tout nous tombe dans la main, ça n’arrivera pas. Si cela peut laisser perplexe dans un premier temps, il semble après coup qu’il n’y avait pas meilleure façon « d’exposer la musique » électronique, en attirant autant les aficionados que les néophytes. Formes, usages et pratiques : un triptyque efficace, lisible que d’autres expos de ce genre feraient bien de prendre en exemple.

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