Beethoven, cet icône.

Ludwig Van. Comme s’il était devenu un intime, la Philharmonie de Paris nous autorise à approcher l’immense Beethoven par ce qu’il a donné au monde, ce qui lui est resté. Plus qu’une injonction à ingurgiter des litres de connaissances sur sa vie, son œuvre, l’exposition préfère s’attarder à la façon dont toujours, sans que l’on s’en aperçoive, il est resté près de nous. Elle préfère s’attarder à la manière dont il a infusé dans des domaines si vastes, de la politique à la culture populaire. Bref, nous intéresser à Ludwig Van, ce bon voisin qui jamais ne nous a quittés, pour prendre la mesure du mythe Beethoven.

Dire que Beethoven fut un génie de la musique, qu’il aura à jamais marqué le monde, et ce que l’on soit ou non adepte de l’allemand et de son œuvre, ne serait qu’enfoncer des portes grandes ouvertes. Évitant l’écueil, l’exposition prend le parti d’un discours plus complet, plus complexe aussi, qui intègre parfaitement tout ce que l’on attend, et surtout ce que l’on attendait pas. Un parcours atypique, une découverte en douceur, un commissariat de qualité : une réussite, purement et simplement.

Beethoven’s trumpet(with Ear) opus131 – 2007 (c) Courtesy of John Baldessari

Immersion et expérience

Souvent, lors de grandes expositions consacrées à des musiciens, l’immersion prime. Difficile en effet de mettre en vie une musique, un univers ou une histoire sans tenter d’immiscer le visiteur dans un espace imprégné par l’ambiance de l’époque. Oubliant ce faux pré-requis, Ludwig Van équilibre la balance. Si certaines étapes appellent en effet à l’immersion par la scénographie, c’est souvent l’expérience, voire l’interaction qui prime. L’usage intelligent de l’audioguide pour écouter la musique, qui nous permet de mettre en dialogue les sens, entre ce que l’on entend et ce que l’on voit ; les parenthèses enchantées, comme cette installation clin d’œil qui nous permet d’entendre la musique en se bouchant les oreilles ; le subtil mélange de médiums tout au long de la visite ; un rythme équilibré et jamais monotone : autant d’éléments qui mettent en action, en éveil et qui cassent la passivité du regardeur. En ajoutant à cela un parcours jeune public réussi et des dispositifs d’accessibilité bien pensés, la découverte est bien marquée par l’expérience et l’exposition, d’un coup, rendue absolument accessible.

True comics(c) Biblioteca Beethoveniana – Collezione Carrino

Art, culture et société

Tout en disséminant l’œuvre de Beethoven le long du parcours, bien au-delà d’un simple fond sonore ou d’une banale chronologie, l’exposition interroge sur la capacité de l’art à, si ce n’est le changer, influencer le monde. La démonstration en est exemplaire. Ici, l’Hymne à la joie repris place Maïden, là, les innombrables bustes réalisés par Bourdelle, plus loin, Jan Fabre, Warhol, avant, la pub et Chuck Berry : Ludwig Van offre un voyage au cœur de l’écosystème Beethoven, un écosystème posthume, qui évolue, mute et grandit chaque époque passant. Oui, l’art peut s’émanciper pour toucher et transformer son environnement : de la culture pop aux Beaux-Arts, de notre imaginaire individuel au réinvestissement collectif, Beethoven, ou plutôt son œuvre, aura marqué au-delà des bornes de la musique.

Terry Adkins – Synapse – Courtesy of the Estate of Terry Adkins and Salon 94 – New York

Parfois, les expositions misent tout sur les œuvres ou sur l’artiste, et l’on regrette qu’il n’y ait pas eu plus de propos. Parfois, à l’inverse, le discours prend le pas sur des œuvres écrasées. Difficile ici de trouver à redire, tout est juste. En multipliant les portes d’entrée à un sujet a priori difficile (au moins quand on n’y est que peu sensible), en assumant un discours audacieux et parfaitement construit, Ludwig Van réussit son pari, haut la main. En ne s’attendant à rien, au pire ou au meilleur, nul doute que l’exposition surprendra positivement : recommandation absolue.

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